« S’organiser pour la reprise, c’est maintenant »

30/04/2020 Profession/réglementation
Profession/réglementation  « S’organiser pour la reprise, c’est maintenant »

Certes le 11 mai n’est pas une date définitive, certes la fiche métier n’est pas encore officiellement validée mais le retour c’est probablement demain pour la majorité des coiffeurs! Bref il faut s’organiser. Equipe, matériel, règles, tout doit être pensé aujourd’hui.


« Il faut souligner un point important, c’est la cohésion du métier, explique Franck Provost, président de Provalliance et du CNEC. Depuis le début les échanges sont permanents et constructifs entre nous, CNEC, UNEC, groupes et marques, ainsi que tous les partenaires sociaux, dont les syndicats de salariés, sans oublier Aésio. D’ailleurs la coiffure a rapidement envoyé sa fiche métier au gouvernement. » Commande de matériel, organisation des équipes, mise en place de procédures, pour ceux qui ne l’ont pas encore fait c’est maintenant. Pour Emmanuel Gasnot, président du directoire du groupe Dessange il faut : « Rassurer clients et collaborateurs, car la santé est la priorité absolue. Être précis dans les protocoles à l’instar des guides envoyés à nos réseaux. Et surtout rester humbles pour s’adapter, notamment lorsque l’on sait que l’on n’a pas toutes les recommandations officiellement validées et que la situation évoluent. » Le groupe avait tout arrêté, y compris son site de e-commerce mais remet la machine en route depuis le début de la semaine et a commencé à préparer des kits « covid » pour les réseaux. « C’est déjà organisé pour nous, indique Patrick Ahmed de Medley, également à la tête du groupement Community Hairdressers. Nous avons depuis le début de la crise communiqué entre nous pour consulter des spécialistes, échanger les informations et préparer le retour. Nous sommes globalement prêts, mais certaines fournitures sont en attente, en ruptures ou seront difficiles à renouveler.» Car les mesures à prévoir ne sont pas uniquement pour quelques jours mais bien à mettre en œuvre pour des semaines, voire des mois, constate Pierre Barré, fondateur d’Hygiène Plus. « Les productions montent en cadence et pour les masques, les ruptures étaient logiques, les soignants étaient servis en priorité conformément aux réquisitions ! Pourtant nous entrons dans la phase de préouverture et nous organisons le retour de nos salons partenaires. Les grossistes aussi répondent aux demandes des coiffeurs en gérant les ressources disponibles. Mais c’est l’ensemble des pratiques qu’il faut repenser, la stérilisation ce sont plusieurs critères par exemple : l’essuyage, la pulvérisation et la connaissance du temps de pose des bons produits d’hygiène. Ainsi le « stérilisateur UV » est largement insuffisant ! Bref il faut se former, rassurer les collaborateurs et les accompagner. On néglige d’ailleurs cet aspect : la gestion du personnel et du risque psychosocial. Le retour ne va pas être vécu simplement pour tous, surtout avec un risque sanitaire toujours présent. Enfin, il faut se poser des objectifs réalistes avec le bon équilibre entre le degré nécessaire d’hygiène et ce qui est exigible et réalisable ! » Le spécialiste de l’hygiène continue son combat, engagé depuis des années, pour faire comprendre la différence entre la propreté (relative) d’un lieu et le respect de l’hygiène… Sans devenir des spécialistes, les coiffeurs devront maîtriser les bases, pour que leurs gestes arrivent naturellement. « Les protocoles d’hygiène étaient déjà au cœur de notre travail, nous les avons renforcés et adaptés, explique Emmanuel Gasnot. L’information est largement diffusée pour préparer les équipes. » Concernant les collaborateurs un autre point sera important : l’aménagement des horaires pour gérer les flux et même répartir les coiffeurs en horaires décalés quand cela est nécessaire. « S’organiser c’est essentiel, confirme Patrick Ahmed. Ainsi si nous avons déjà pensé nos procédures, si le 11 mai se confirme, je n’ouvrirais que le 12 mai, le 11 sera un jour de répétition générale pour peaufiner les détails et être à l’aise pour une rentrée réussie. » Christophe Doré, président de l’UNEC, pour couper court aux informations déformées qui circulent, préfère rester prudent, pourtant il insiste : « Nous devons nous préparer pour cette date avec les bases que nous avons même si rien n’est officiel. Ce n’est pas le 7 mai que nous nous allons préparer le retour ! En prime, si la fiche envoyée n’est pas encore finalisée et peut évoluer, l’essentiel tient du bon sens et les salons vont devoir commencer à s’équiper et commander les éléments les plus évidents. Mais pas n’importe où : avec les fournisseurs habituels, les grossistes, les marques ou encore ceux référencés sur notre site. » Des plus petites marques aux majors, chacun s’organise. L’Oréal Professionnel a édité un guide de plus de 80 pages ( !) basé sur les recommandations des syndicats et proposant ses réponses; Generik a lancé la production de matériel de protection depuis un bon moment et communique massivement sur les réseaux sociaux! Ce qui est important est de bien regarder ce que l’on commande et de penser comment on adaptera son travail sur la durée, prévient cependant Pierre Barré : « Attention aux allégations des produits ou protections, il y a des normes pour les masques, quant aux « nettoyants » « fresh » et « anti microbien » derrière se trouvent parfois des compositions à l’action insuffisante ou inadaptée. Par contre il faut rassurer sur un point, l’hygiène a certes un coût mais correctement réalisée, elle reste gérable une fois les habitudes installées. L’utilisation de lingettes et de spray revient à moins de 10 centimes par prestation.» Tout inclus, sauf à ajouter des mesures de protections supplémentaires qu’envisagent certains salons, la plupart des acteurs estiment le surcoût entre 2 et 3 euros par client. Libre à chacun de le répercuter totalement ou partiellement. Interrogés par L’Eclaireur 63% des coiffeurs (sur une base de 650 réponses) pensent appliquer une faible « taxe covid » comprise entre 0 et 2 euros ce qui implique de prendre une partie du coût à leur charge. Mais 37% appliqueront probablement un supplément de 3 à 5 euros voire plus pour répercuter l’ensemble de l’investissement mais aussi de ce que le rallongement de la prestation et la réorganisation vont couter. Une chose est sûre, « il va falloir jouer le jeu et respecter les règles à la lettre car un nouveau confinement serait catastrophique, insiste Franck Provost. La coiffure a déjà perdu plus de 100 millions d’euros. Avec un million de clients par jour habituellement et 59% des Français qui, d’après une étude, veulent revenir dès la première semaine, nous allons devoir assurer. Tout le monde a les yeux fixés sur les coiffeurs ! »


La fiche provisoire (non exhaustive ni définitive):


- Gel hydroalcoolique à disposition pour tous et obligatoire
- Masques pour les collaborateurs voire masques (payants) pour les clients distraits
- Lunettes de protection pour tous et même visières pour les barbiers
- Peignoirs à usage unique (lavable à 60°c ou jetable). De même pour les serviettes.
- Kit de désinfection pour le matériel et les espaces de travail (lingettes, désinfectants, virucides, sprays)
- Préparation des espaces de coiffages distants d’un mètre
- Neutralisation d’un bac sur deux ou mise en place de barrières
- Shampooing obligatoire
- Organisation des rendez-vous (en ligne idéalement) et des règles d’attente
- Pas de magazines ni de tablettes à disposition, pas de boissons offertes
- WC réservés aux employés
- Gants finalement réservés à la technique, pas au coiffage (bref comme d’habitude)
- Mesures complémentaires : hygiaphone en caisse voire installation de séparations dans le salon, etc.
- privilégier des uniformes et chaussures à laisser au salon


Quelques (gros) soucis qui persistent
La date du 11 mai et les disparités régionales sont des incertitudes qui ne devraient être levées qu’à partir du 7 mai ! Reste le problème des loyers qui, d’après les déclarations du gouvernement, devaient être suspendus pour les professionnels obligés de fermer. Or la réalité est très variée… nombre de bailleurs se fichent totalement de cette demande (ni réduction, ni report pour 65% des salons d’après une étude de Flexy !). Enfin mauvaise nouvelle pour les centres commerciaux de plus de 40 000 m² dont l’accès sera probablement très limités, à l’appréciation des départements…

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