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La Rédaction de L'Eclaireur www.leclaireur-coiffeurs.com

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L' équipe de la rédaction de L' ECLAIREUR composée de  Eve Laborderie, Brice Thiron et  Catherine Sajno, et tous nos journalistes  ou contributeurs plus occasionnels ont  réuni les archives de L'ECLAIREUR, ainsi que les principaux textes officiels et réglementaires pour vous vous apporter des réponses aux questions classiques que vous vous posez dans le cadre de la gestion et le développement de votre salon. Vous bénéficiez ainsi de plus de 45 ans d' expérience de la coiffure cumulées par nos équipes,  lesquelles ont interviewé  les plus grands professionnels  dans tous les métiers.

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06 mars 2013

Bonjour,

Peut on finalement se former entre collègues coiffeurs et comment ?

Quels conseils avez vous..?

Celine

Certains coiffeurs délaissent régulièrement leur travail en salon pour aller former des confrères chez eux. Une démarche d’inspiration toute anglo-saxonne, dans laquelle formateurs et formés se retrouvent.

COMMENT CELA FONCTIONNE-T-IL ?
En lien direct avec un esprit «réseau» ou «tribu», certaines marques ont systématisé cette façon de faire.

«Le fil rouge de notre politique de formation, c’est ce que nous appelons les «happy hours»,» développe Jean Clauteaux, directeur marketing de Matrix. Pas question dans ce cas de boissons alcoolisées, les «happy hours» sont des demi-journées de formation «produits» à l’intention des dépositaires de la marque. Leur particularité ? Elles sont assurées par un «trainer», qui n’est pas un formateur professionnel mais un responsable de salon. Et qui se déplace dans le salon du «formé». Démarche voisine chez Tigi, dont les formateurs travaillent 3 ou 4 jours en salon et se déplacent chez les coiffeurs. «C’est en lien avec la philosophie d’une marque créée par des coiffeurs pour des coiffeurs», analyse Jean-Marc Venturini, directeur commercial de Tigi pour le nord de la France. «L’idée est d’aller plus loin que la formation théorique ; les coiffeurs vont à la rencontre d’autres coiffeurs, qui sont dans leur environnement, avec leurs clients...»
Certes, concernant Matrix, cette stratégie correspond aussi aux besoins d’une marque qui se lance en France : pas encore de centre de formation à Paris, une équipe restreinte... «Mais pas seulement, corrige Jean Clauteaux, car Matrix, hyper bien implantée aux Etats-Unis, fonctionne là-bas aussi de cette manière. La formation en réseau, c’est une des valeurs de la marque.» «C’est très anglo-saxon», juge un bon observateur du milieu de la coiffure. C’est aussi une façon de «prendre la température» des salons. «Les trainers nous aident à construire nos animations, nous livrent leurs astuces», confie Jean Clauteaux.
Bien sûr, ces «trainers» se forment régulièrement pour retransmettre ensuite. Ils ne sont pas choisis au hasard. «Des personnes de grande qualité, bien imprégnées de la philosophie Tigi, voire passionnées par la marque», résume Jean-Marc Venturini. «Outre leur compétence professionnelle, on les a sélectionnées avant tout pour leur volonté de transmettre», poursuit Jean Clauteaux. Car dans cette démarche, il n’est pas question de strass, ni de paillettes : il ne s’agit pas de faire un show. «Je me demandais comment j’allais faire pour refuser sans les vexer les candidats qui ne correspondaient pas à la démarche», se souvient Cécile Piel-Benson, directrice de l’éducation chez Matrix. «En fait je n’ai pas rencontré ce problème, car les volontaires «collaient» à ce que nous voulions.» Comme s’il y avait eu une autosélection...

Y TROUVER SON COMPTE... AUSSI
Mais qu’est-ce qui fait courir ces coiffeurs ? Le goût d’apprendre aux autres... et l’envie de sortir du salon !

Ce genre d’engagement est un peu gourmand en temps (quelques demi-journées par mois). Et ce n’est pas la motivation financière qui prime. «Nous dédommageons les trainers pour leurs frais (route, etc.), mais ce n’est pas une rémunération», reconnaît Jean Clauteaux. Certains d’entre eux, comme Franck Midali (salon FM à Briançon), intéressés par l’aspect «formation» du métier, accueillent régulièrement des apprentis. Surtout, le ressort principal reste, pour ces coiffeurs indépendants, la rencontre et les échanges avec d’autres professionnels. Isabelle Strukeli travaille 3 jours par semaine dans un salon de Saint-Dié, «Espace Figaro», parallèlement à des formations assurées pour le compte de Tigi. Outre des stages «classiques», dans des salles louées, elle se rend aussi chez les coiffeurs. «Des journées très enrichissantes», estime-t-elle. «Même si je pars régulièrement en formation en Angleterre, j’estime qu’il faut rester en contact avec ce qui se passe dans les salons en France.» Anne L’Hostis, à la tête du salon Equinoxe à Brest, assure des formations pour le compte de Matrix : «Dès qu’on me l’a proposé, j’ai trouvé ça intéressant. ça me permet de sortir du salon, de casser la routine en allant voir ailleurs ce qui se passe et de nouer des contacts.» Car l’isolement est bien la maladie dont souffre le coiffeur indépendant. «On voit ainsi d’autres façons de travailler, confirme Franck Midali, ça crée des liens, ça ouvre des portes. Nous apprenons aussi d’eux, c’est une façon d’évoluer ensemble, entre coiffeurs.» Ce qui rappelle un peu les «clubs» de coiffeurs indépendants.

DISSIPER LES A PRIORI
Pas toujours facile pour un coiffeur d’accueillir un concurrent potentiel dans ses murs. Et pourtant, ça fonctionne !

Souvent, lors de ces formations, le salon reste ouvert et le «trainer» travaille aussi sur la clientèle. A ce niveau, le souci pourrait être la réaction de certains coiffeurs hôtes, quelques réticences type «après tout c’est un concurrent, il va voir comment je travaille», voire même «il risque de me piquer mes collaborateurs»... Globalement, du côté de nos interlocuteurs, l’optimisme domine. «Il est vrai que je ne suis pas encore intervenue directement à Brest, mais toujours à plus de 20 kilomètres», explique Anne L’Hostis. «Mais au contraire, le fait que je sois coiffeuse moi-même facilite le contact, on a le même langage, les mêmes soucis.» L’individualisme légendaire des coiffeurs serait-il en voie de disparition ? «Parfois on peut sentir quelques réticences, concède Franck Midali, à nous de les mettre à l’aise.» Comment faire ? «Pour dissiper les a priori, je reste «Tigi» avant tout, surtout quand j’interviens dans ma région», note Isabelle.
«Je dirais qu’il faut encore travailler le concept, car dans l’esprit de certains coiffeurs les stages ont forcément encore un petit côté show biz, strass, avec déplacement à Paris et petits fours. Là, c’est simple, efficace», juge Anne L’Hostis. Avant de conclure : «Depuis 20 ans à la tête de mon salon, je crois que cette expérience arrive à un bon moment dans ma carrière

TEMOIGNAGES

MURIEL MANAUT, salon New Tif au Vernet (près de Toulouse), "trainer" pour Matrix :
"On a le même langage"

«Installée depuis 15 ans, travaillant seule ou avec un salarié, j’ai vu dans ce rôle de «trainer» l’opportunité de sortir du salon, de ne pas rester seule. En plus je m’intéresse aux questions de formation, par exemple je prends souvent un apprenti. Je n’ai pas senti de réticences : je sillonne beaucoup l’Ariège, au contraire, les gens se sentent pris en considération lorsque je viens jusque dans leur salon, ils nous attendent avec le café. D’emblée, le contact s’établit : on a le même langage, les mêmes problèmes. Ils posent toutes les questions sans honte et sans tabou, par exemple s’ils ont oublié quelque chose en colorimétrie, car ils savent que je ne viens pas pour les juger. Et comme j’ai aussi un salon, ils me parlent même de rapport qualité-prix, de gestion des stocks... même si je ne suis pas là pour ça. Aller dans ces salons, c’est un véritable échange : on va faire travailler le confrère, lui apprendre des choses, mais lui aussi nous montre ce qu’il sait faire.»


VÉRONIQUE KARAKACHIAN, coiffeuse free-lance à Barcelone, assure des formations «produits» et «coupe» en salon pour Tigi dans le sud de la France :
"Ce n'est pas à sens unique"

«J’aime bien ne pas me limiter à une activité. En tant que formatrice, le fait de travailler aussi en salon fait que je ne suis pas coupée du monde de ceux que je forme. Le fait que je me déplace leur plaît énormément, c’est bien plus convivial, ils ouvrent leur porte. Il m’arrive d’animer des formations dans des hôtels, je trouve que le message passe un peu moins bien. Là, je vois exactement comment les produits sont disposés, comment ils s’en servent. Certains, pas encore familiers de la marque, préfèrent fermer le salon pendant la formation ; aux autres je demande au contraire de la prévoir en pleine période de travail, on intervient aussi sur la clientèle. En tout cas, j’apprends beaucoup d’eux aussi, ce n’est pas un discours à sens unique.»