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La Rédaction de L'Eclaireur www.leclaireur-coiffeurs.com

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L' équipe de la rédaction de L' ECLAIREUR composée de  Eve Laborderie, Brice Thiron et  Catherine Sajno, et tous nos journalistes  ou contributeurs plus occasionnels ont  réuni les archives de L'ECLAIREUR, ainsi que les principaux textes officiels et réglementaires pour vous vous apporter des réponses aux questions classiques que vous vous posez dans le cadre de la gestion et le développement de votre salon. Vous bénéficiez ainsi de plus de 45 ans d' expérience de la coiffure cumulées par nos équipes,  lesquelles ont interviewé  les plus grands professionnels  dans tous les métiers.

POSER VOS QUESTIONS POSER VOS QUESTIONS POSER VOS QUESTIONS
12 mars 2011

C'est une question que je me pose régulièrement au contact de certains clientes.. Quels conseils donneriez vous pour apporter un soin tout particulier à cuir chevelu sensible ?

On observe aujourd’hui une multiplication des cas de cuir chevelu irrité, tandis que les problèmes de pellicules affectent régulièrement plus de la moitié de la population. Un marché intéressant, mais qui échappe en grande partie aux coiffeurs. A force de se cantonner au traitement des cheveux abîmés, on finit parfois par oublier les ennuis de cuir chevelu. Une éventualité peu probable chez Furterer, un des précurseurs, spécialiste de la question depuis un demi-siècle ! Catherine Chauvin, responsable de l’Institut René Furterer de la Madeleine, à Paris, ne constate pas de baisse de fréquentation, bien au contraire : « Les problèmes de cuir chevelu irrité touchent beaucoup de femmes. Outre les causes classiques connues, comme les dérèglements hormonaux, les techniques réalisées et les mauvaises habitudes de vie en sont pour partie responsables. Mais nous avons aussi remarqué que les femmes sont de plus en plus concernées par les pellicules : plus que les hommes, désormais, à l’Institut. » Les gammes concernées sont largement leaders des ventes : logique pour un spécialiste doté d’une forte légitimité historique !


UNE MAJORITÉ DE LA POPULATION CONCERNÉE
Environ la moitié des hommes (à peu près 60%) et des femmes (près de 50%) sont un jour confrontés à un état pelliculaire. Quant au cuir chevelu irrité, il affecte plus ou moins régulièrement 30% à 35% des individus, selon les sources. La question est donc loin d’être anecdotique. Toute bonne marque de soins se doit d’apporter sa réponse à ces problèmes, mais peu d’entre elles communiquent là-dessus car il s’agit d’un sujet peu glamour ! Reste qu’elles se distinguent par leur inventivité dans ce domaine. Kérastase a ainsi lancé, il y a quelques années, Noctocalm, un sérum de nuit conçu pour apaiser et traiter le cuir chevelu sensible. Une approche également privilégiée par Secret Professionnel by Phyto, pour qui une cure de soin profond s’impose dans certains cas. Davines a pour sa part sorti Scrub, un shampooing exfoliant et traitant pour le cuir chevelu ; son action « peeling » s’inspire de la cosmétique de la peau. Enfin, nombre d’autres marques proposent des soins sous forme d’huiles, crèmes, sérums ou gelées, pour exfolier, traiter, apaiser et régénérer (ou simplement hydrater, avec la vitamine B5). De plus en plus, les nouveaux produits capillaires suivent la même logique que les autres cosmétiques : selon Christina Auliac, technicienne et formatrice chez Secret Professionnel, il ne s’agit pas d’un simple prétexte marketing, mais plutôt de reprendre de bonnes idées. « Nous disposons déjà de produits efficaces contre les problèmes de cuir chevelu sensible, nous nous efforçons simplement de rendre leur utilisation plus facile. Mais il ne faut pas essayer de placer à la légère un soin profond, qui peut nécessiter une application nocturne. Un diagnostic, des conseils et une bonne explication s’imposent avant que le client ne se lance dans une cure de 3 semaines : du coup, celle-ci sera parfaitement comprise, et bien suivie », explique-t-elle.

RESTAURER L’ÉQUILIBRE TOUT EN DOUCEUR
Patrick Alès avait fait sensation, il y a plus de 3 ans, en s’engageant dans le traitement de la flore bactérienne du cuir chevelu, envisagée comme un milieu ayant sa vie propre. Pour équilibrer cette sorte d’écosystème, il proposait le shampooing Phytoprogenium de Phyto. Il aimait à dire, en guise de boutade, qu’en gros, si ça nous démange, c’est que notre forêt capillaire et ses habitants sont perturbés. Cette démarche, originale à ses débuts, est devenue incontournable ; Kérastase a ainsi élargi son offre de soins en créant une gamme spécifique : Biotic. En fait, pour toutes les marques et les acteurs du marché, le traitement du cuir chevelu est devenu plus subtil. D’autant qu’en parallèle, depuis une vingtaine d’années, les chercheurs ont entièrement révisé leur approche en matière de diététique et d’hygiène capillaire : la solution n’est pas dans l’élimination de la microflore du cuir chevelu, mais dans son rééquilibrage. Avec l’engouement actuel pour le naturel et l’écologie, cette logique s’incarne désormais dans des concepts qui parlent aux gens et sont compris par un nombre croissant d’entre eux. Equilibre, application d’huiles essentielles, de plantes et de soins doux : autant de notions gagnantes dans le cas des cuirs chevelus sensibles. Les spécialistes, marques ou instituts, ont pu d’autant mieux valider ces concepts que, malgré le net ralentissement du marché généraliste du soin en 2008-2009, les gammes les plus pointues ont été sensiblement moins affectées, voire pas du tout ! Même des acteurs au positionnement d’image différent, notamment dans le styling et les techniques, comme Redken, connaissent de fortes croissances de leurs gammes de soins. « En 2008, la plus importante hausse des ventes que nous ayons enregistrée concernait la coloration douce (sans ammoniaque), mais les soins progressent presque au même rythme », explique ainsi Pascal Giliberti, le directeur général de la marque.

SHAMPOOINGS DÉTERGENTS ET STRESS, L’ÉQUATION « GAGNANTE » !
Les bons produits existent depuis des années, mais le problème vient souvent d’un diagnostic approximatif ou d’une mauvaise compréhension des traitements par les clients. Le cuir chevelu sec associé à des cheveux secs est assez courant, mais le cuir chevelu gras avec des pointes sèches, tout aussi fréquent. « Attention, ne vous en tenez pas là, prévient Catherine Chauvin. Un diagnostic complet s’impose afin d’orienter le client vers la bonne cure : il faut notamment distinguer traitement du cheveu et traitement du cuir chevelu. Souvent, on conclut un peu trop vite que ce dernier est de nature sèche. Or, si la personne se lave la tête quotidiennement, cela empêche de voir sa vraie nature. » Le coiffeur pourra même passer à côté d’un état pelliculaire, atténué ou masqué par la répétition des shampooings. D’où, selon les spécialistes du soin, l’intérêt d’utiliser la micro-caméra : elle permet un examen plus précis et a un réel pouvoir pédagogique auprès du client en lui montrant sur quelles bases on fonde une partie du diagnostic. « Il convient d’agir sur toutes les causes du problème », explique Catherine Chauvin. Et d’éviter l’aggravation des symptômes… Ainsi, dans le cas d’un cuir chevelu irrité, il sera peut-être nécessaire d’interrompre l’application de certains produits, le temps de régler le problème. « Souvent, on recourt à des huiles essentielles froides, comme celles de la gamme Astera. On réagit parfois trop tard, en ne tenant pas compte des signes précurseurs, comme une peau tendue, échauffée, ou qui commence à picoter, constate Catherine Chauvin. Notre cuir chevelu est très réactif, même si l’on ne s’en rend pas compte. Beaucoup de cas sont liés à des problèmes de microcirculation ou à une dégradation du film hydrolipidique -aussi important pour le cuir chevelu qu’il l’est pour la peau-, du fait de shampooings trop fréquents et inadaptés.  A la fin de l’été, on note une plus grande sensibilisation locale, intensifiée par l’exposition solaire. » Chez Secret Professionnel, on observe une augmentation des cas de cuir chevelu irrité. Comme l’explique Christina Auliac, « la couche supérieure de l’épiderme est souvent altérée en raison de déséquilibres internes, du stress, mais aussi de shampooings trop fréquents et détergents. Parfois, ni le client ni le coiffeur ne prêtent attention à temps au cuir chevelu, avant que les dégâts ne soient durablement installés. C’est une erreur, sachant que la santé de ce dernier conditionne celle du cheveu. Les traitements de fond ont un effet visible et sont fidélisants. » De fait, avec un suivi à domicile de 15 jours à un mois avant une deuxième visite, les services antipelliculaires ou « anti-irritation » sont fortement « impliquants » et valorisants. En effet, ils mettent en avant l’expertise et le savoir-faire des coiffeurs, ainsi que l’excellence de leurs gammes professionnelles, même si -la majorité des principes actifs étant connus depuis longtemps-, celles des autres circuits, y compris la grande distribution, sont aussi de bonne qualité.

PELLICULES : L’INVASION
Les traitements antipelliculaires, s’ils restent des produits phares pour les pharmacies, sont aussi et surtout du domaine du coiffeur, car celui-ci peut fournir un diagnostic. Un service d’autant moins anodin qu’une personne sur deux est régulièrement touchée, et que le suivi « post-cure » pèche souvent par manque de conseils. Les ennemis principaux sont parfaitement connus : il s’agit du Pityrosporum ovale (Malassezia ovalis) et de ses cousins, des champignons naturellement présents sur le cuir chevelu, qui se mettent à proliférer. Ils sont souvent à la fois la cause et la conséquence d’une hypercroissance de la peau et de sa forte desquamation. Le renouvellement cellulaire s’accélère (en moins de 3 semaines) et s’accompagne parfois d’une hyperséborrhée qui étouffe le cuir chevelu et génère des pellicules grasses, voire provoque des chutes de cheveux. Un cuir chevelu agressé peut, a contrario, se dessécher et produire des pellicules sèches. Outre les traitements de fond et un changement de mode de vie, le problème requiert des cures d’attaque. Elles comprendront des régulateurs de croissance cellulaire, des antifongiques, le fameux zinc pyridine et d’autres composés répondant aux doux noms de « sulfure de sélénium », « piroctone olamine »… Les complexes hydratants et apaisants seront également bienvenus, car l’artillerie lourde de la chimie antipelliculaire est parfois assez… irritante !


VÉRONIQUE GRANMOUJIN, SALON YUMÉ À NANTES
« le public a une meilleure connaissance du problème »

« Si nous réalisons beaucoup de soins au salon, la grande majorité concerne les cheveux secs plutôt que le cuir chevelu. Je trouve même que les problèmes de pellicules reculent, probablement en raison d’une meilleure connaissance de la question par le public, mais aussi d’une meilleure cosméticité des produits utilisés. Nous traitons surtout les cas les plus difficiles, dont nous venons généralement à bout grâce à une cure de 2 à 3 semaines. Mais si c’est vraiment grave, nous orientons immédiatement le client vers un dermatologue. En revanche, de plus en plus de personnes au cuir chevelu irrité font régulièrement appel à nos services. »


L’ORDRE DE BATAILLE
Petit guide pratique à l’usage des clients, mais aussi de quelques coiffeurs non épargnés par les cuirs chevelus sensibles et à pellicules.
• Privilégier des shampooings doux, très légèrement acides (pH autour de 5,5).
• Surveiller son alimentation, son rythme de vie.
• Rincer le shampooing à l’eau tiède, voire froide.
• Limiter l’utilisation de produits coiffants et les techniques.
• Apprendre à brosser ses cheveux et à masser son cuir chevelu en douceur.
• Privilégier le séchage des cheveux à l’air libre ou à chaleur réduite.
• Respecter la durée de traitement recommandée, puis entretenir avec les produits adaptés.
• Travailler son zen…
• Consulter un médecin en cas de symptômes persistants ou d’aggravation du problème.