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La Rédaction de L'Eclaireur www.leclaireur-coiffeurs.com

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L' équipe de la rédaction de L' ECLAIREUR composée de  Eve Laborderie, Brice Thiron et  Catherine Sajno, et tous nos journalistes  ou contributeurs plus occasionnels ont  réuni les archives de L'ECLAIREUR, ainsi que les principaux textes officiels et réglementaires pour vous vous apporter des réponses aux questions classiques que vous vous posez dans le cadre de la gestion et le développement de votre salon. Vous bénéficiez ainsi de plus de 45 ans d' expérience de la coiffure cumulées par nos équipes,  lesquelles ont interviewé  les plus grands professionnels  dans tous les métiers.

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14 avril 2012

Bonjour,

J' entend parler et je lis un peu partout, y compris dans L'Eclaireur, de développement durable... Mais quelles initiatives très concrètes puis je prendre pour adopter le développement durable pour mon salon?

Eric

Le développement durable fait peu à peu son chemin dans la profession. Les Institutions de la coiffure/AG2R La Mondiale, qui ont lancé voici 18 mois un label « développement durable » (de une à trois étoiles) qui récompense les professionnels engagés dans une démarche de ce type, recensent par exemple une soixantaine de labellisés à travers toute la France. « Et environ 820 dossiers sont à l’étude, souligne Jacques Minjollet, directeur des Institutions de la coiffure. Je pense que ce qui a pu bloquer certains coiffeurs, c’est le manque de temps, ainsi que le coût (440 euros HT) de l’audit initial du salon, même si rapporté à la journée, il ne s’élève qu’à 50 centimes par jour. »
un aménagement « vert » « Concernant l’aménagement du salon, les principales astuces techniques sont aujourd’hui connues : mitigeurs qui permettent, au bac à shampooing, d’obtenir une eau immédiatement à la bonne température (évitant ainsi de gaspiller des litres d’eau) ; économiseurs d’eau permettant d’obtenir une sensation de pression équivalente, avec un débit nettement réduit ; LED et ampoules basse consommation ; appareils électro-ménagers estampillés A ou A + ; tri sélectif des déchets… », énumère Stéphane Anelli, responsable de certification Développement durable pour Ecocert. On peut, aussi, toujours, se perfectionner. « J’ai remplacé les serviettes traditionnelles par des serviettes en micro-fibres, d’où un séchage bien plus rapide, explique ainsi Nelly Pichavant, responsable du salon « Imagina’Tif »* à Clisson (Loire-Atlantique), et j’utilise des produits d’entretien labellisés. Et bien sûr, pas de tasses en plastique pour les cafés ! » Gwenaëlle Le Faucheur, à la tête du salon « Coiff’Zen »*, à Ploulec’h, près de Lannion, en Bretagne, a installé un chauffage aérothermie. « Principe : une pompe à chaleur capte et amplifie les calories contenues dans l’air extérieur pour les retransmettre au système de chauffage », explique la jeune femme. Bien sûr, les choses sont plus faciles lorsqu’on part de zéro que quand on rachète un local déjà aménagé. « Nous avons fait construire le salon dans le jardin de mes parents en juillet 2009, raconte ainsi Cathy Berthaud, qui travaille avec sa mère Marie-Jo (salon « Marie-Jo Coiffure »* de Villeneuve-lez-Avignon) : d’emblée, les matériaux étaient écologiques, à l’intérieur les peintures étaient bio… De plus, nous utilisons pour les shampooings l’eau d’une source qui passe dans le jardin: elle est beaucoup moins calcaire que l’eau du robinet et les cheveux des clientes sont bien plus brillants. »

MIX DE PRODUITS OU 100% VÉGÉTAL
Côté produits, la plupart des coiffeurs engagés dans le développement durable « mixent » les produits « classiques », ceux à orientation naturelle et/ou dont le conditionnement ou la présentation a été étudiée pour être plus « écologique », et les 100 % bio labellisés Ecocert. Certains vont beaucoup plus loin, souvent en raison de problèmes de santé. Samuel Cohen, coiffeur à Versailles (salon « C. comme autrefois »*), a exercé durant de longues années avant que ne se déclenche un sérieux problème d’allergie. « Du jour au lendemain, mon médecin m’a dit d’arrêter la coiffure ! » se souvient-il. Samuel, qui travaille aujourd’hui avec sa fille Mathilde, se lance alors dans les colorants végétaux : il rencontre de nombreux fournisseurs, élabore lui-même ses propres compositions, qu’il mélange avec de l’eau « dynamisée » avec de l’électricité, « un peu comme ce qui se passe pendant un orage », explique-t-il. Quant aux mèches et balayages, ils se pratiquent avec de l’argile. Il affirme réussir -depuis peu- à couvrir 100 % des cheveux blancs avec uniquement des colorations végétales. Un succès également revendiqué par Gwenaëlle Le Faucheur (« Coiff’Zen »). « C’est un gros investissement personnel, note-t-elle cependant. Les temps de pose et de rinçage sont longs. »

DES SERVICES PLUS OU MOINS « ENVIRONNEMENT-COMPATIBLES »
Stéphane Amaru s’apprête pour sa part à ouvrir à Paris, dans le quartier des Halles, un salon baptisé « Didact Coiffeur durable »… annonçant ainsi clairement la couleur ! S’il a, bien sûr, installé les équipements type mitigeurs et robinets économiseurs d’eau, ainsi que des lampes à infra-rouges pour sécher les cheveux, il mise plutôt sur la façon de pratiquer les services pour s’inscrire dans un esprit « développement durable ». « Par exemple, j’applique le shampooing directement au banc de coiffage, dilué dans un bol avec un peu d’eau, sans mouiller les cheveux au préalable. Comme ça, on économise presque la moitié des 25 litres d’eau potable nécessaires à un shampooing… et quand on sait qu’un million de clients pousse chaque jour la porte d’un salon, vous imaginez l’impact ! » De même, il pense fortement réduire, voire éliminer, les services tels que les éclaircissements importants ou les décolorations. « Cela n’empêche pas de faire du business, il faut juste expliquer aux clientes pourquoi on évite ces prestations, forcément réalisées avec des produits chimiques. Et cela passe aussi par l’éducation des collaborateurs, qui doivent tenir le même discours. »

DES CLIENTES DE PLUS EN PLUS SENSIBILISÉES
Bien sûr, être un coiffeur attentif au respect de l’environnement sera rarement le premier critère de choix de la cliente.… qui s’attache avant tout, et c’est normal, à la qualité des prestations. Mais de l’avis des coiffeurs engagés dans ce type de démarche, les clients sont de plus en plus informés sur les questions de développement durable, et réceptifs. « Les produits labellisés Ecocert, notre démarche d’économie en eau, en énergie : elles y sont très sensibles ! » souligne Nelly Pichavant. « Certaines d’entre elles viennent chez nous pour cela, par exemple pour les colorations végétales, soulignent d’autres coiffeurs. Le bouche-à-oreille fonctionne bien aussi. » Un avantage concurrentiel dont les coiffeurs ont raison de tirer parti. Car un jour peut-être, être « développement durable » sera juste… normal !
Catherine Sajno
* salon labellisé 3 étoiles « Développement durable, mon coiffeur s’engage »



DES ENSEIGNES FRANCHEMENT DURABLES
Les franchises ont également été touchées par la grande vague du développement durable. Ainsi, la marque Saint Algue (Provalliance) a résolument opté pour ce positionnement, avec notamment le lancement d’une gamme de produits bio et un nouvel agencement. Sur les 280 salons, une centaine est aux normes, et la rénovation se poursuit au rythme de 30 à 40 par an, avec également un travail sur la nouvelle image. Pour sa part, le nouveau concept Camille Albane, marque en plein repositionnement, fera également la part belle au thème du développement durable, grâce notamment à un mobilier en matériaux recyclables ; un thème prisé par sa clientèle, femme urbaine, rive gauche, un peu « bobo ». Enfin, Bruno Glémain, à la tête de la franchise Bruno Melgani, a participé à la création de la Charte du développement durable (à l’origine du label actuel) ; ses salons sont aujourd’hui labellisés.



OLIVIER DELANGE, L’ÉCO-MILITANT CONVAINCU
Olivier Delange a ouvert en octobre dernier, dans le 15ème arrondissement de Paris, un espace baptisé « Ecosalon ». L’histoire commence en fait il y a quelques années, lorsqu’il était jeune salarié. « On travaillait à 9 dans un espace conçu pour 4 ou 5… J’ai attrapé une forme de pneumonie liée aux produits de la coiffure, même si je n’ai jamais réussi à la faire reconnaître comme maladie professionnelle », explique le jeune homme. Il a donc ouvert sa propre affaire, qu’il gère selon ses préceptes. Ainsi, il utilise essentiellement des marques « de niche », 100 % bio et écocertifiées, des coiffants sans aérosols, des produits de coloration et de décoloration contenant le moins d’ammoniaque possible. Le mobilier est fait de métal recyclé, d’un bois estampillé FSC (label garantissant une « gestion durable » des forêts)… Bien sûr, différents aménagements lui ont permis de réduire sa consommation d’eau, les appareils électro-ménagers sont tous A ou A+… Mais cela va plus loin. « Je fais des soins sur mesure, réalisés devant la cliente à partir de différents mélanges : huiles essentielles, poudre de riz, gingembre… », explique-t-il ainsi. Le salon est bercé de musique apaisante, et le film « Home » de Yann Artus-Bertrand passe en boucle. De plus, il utilise des plantes vertes aux vertus désintoxicantes pour purifier l’air du salon, et une typographie spécifique, à trous, pour consommer moins d’encre ! Et pas question de jeter les cheveux coupés : « En se décomposant, ils dégagent de l’azote, qui est excellent pour la terre, continue le coiffeur. Je les mélange donc avec le terreau des plantes, et j’en donne même à certaines clientes qui l’utilisent pour leur balcon ! » Avec des amis, Olivier a d’ailleurs créé une association, Coal, pour regrouper les acteurs du développement durable.



LES MARQUES, ENTRE ENGAGEMENT ET RAISON
Les principaux fournisseurs ne sont bien entendu pas restés à l’écart du mouvement. Ainsi, dans les colorations d’oxydation, l’ammoniaque disparaît parfois pour laisser la place à un autre agent, plus respecteux de la fibre capillaire (citons par exemple Zero de Vitality’s, Inoa de L’Oréal Professionnel). Les shampooings sans sulfate (Tigi, Pureology), voire sans SLS (Mood Cosmetic) sont désormais fréquents ; à côté des « historiques » comme René Furterer ou Phyto, de nouvelles gammes, à orientation naturelle, prennent place sur le marché : Biolage par Matrix, Essensity par Schwarzkopf Professional, Love, Peace & the Planet par Tigi, Pureology chez L’Oréal Produits Professionnels (cette marque prône également le recyclage des emballages). Cependant, pour la plupart, le souci écologique s’arrête là où commence la performance : pas question de sacrifier le résultat, et elles ne se prétendent d’ailleurs pas bio. Les puristes se fournissent donc plutôt dans des marques « de niche » ou à vocation militante clairement affirmée…