Pierre Ginsburg nous donne rendez-vous au Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris. Un lieu symbolique pour ce passionné du sujet, qui lui sied comme un gant. Depuis ses débuts, il s’inspire de la mode pour créer ses visuels et construit ses idées au travers des créations d’Alexander McQueen, Demna Gvasalia, Gareth Pugh, Jacquemus ou Dior, dont il connaît parfaitement le travail.
La sublime expo sur les œuvres du photographe Paolo Roversi vient de se terminer. En commandant les boissons, nous échangeons sur l’artiste, ce qui nous permet d’apprendre que le jeune homme a eu le privilège, il y a peu, de travailler pour un shooting dans l’atelier du célèbre photographe, avec le coiffeur Julien d’Ys. Une séance confidentielle en présence du maître, dont il ne livrera aucun secret. Comment se retrouve-t-on, à 30 ans, à côtoyer les plus grands et à travailler pour eux ? Qui plus est lorsqu’on est né à Auch, capitale de la Gascogne ?
Créer et voyager Sans doute en n’ayant pas peur du vide.
Pierre Ginsburg se définit comme un enfant « rigolo et cascadeur » qui pratiquait la gymnastique, la danse, le trapèze et la voltige, rêvant de faire l’école du cirque. L’année de ses 10 ans, à la faveur d’un spectacle sur le thème du feuilleton Chapeau melon et bottes de cuir, c’est une petite révélation : « Aller chercher des éléments pour créer ce personnage des années soixante, selon mes inspirations, a fait naître ma fibre artistique », explique-t-il. Il se souvient avoir eu une certitude en classe à l’âge de 9 ans : « Nous devions customiser une boîte, j’en ai fait une carotte et je me suis dit que je serais coiffeur à Boston. J’ignore pourquoi, cela ressemble à un rêve absurde et même si je ne suis jamais allé à Boston, je suis devenu coiffeur ! »
Dans sa belle campagne du Gers, Pierre Ginsburg affiche sans complexe son look branché. À 11 ans, il porte déjà des jeans slims de couleurs vives, – « bien avant les skateurs » –, des sacs à main American Apparel et récolte des moqueries : « C’est devenu chez moi une force. Plus on m’attaquait sur mon look, plus j’affichais sans peur qui j’avais envie d’être. » Rapidement, l’esprit de la ville, qu’il qualifie d’obtus, lui donne des envies d’ailleurs. Ce n’était pourtant pas sa famille qui lui posait un problème puisqu’il a grandi dans une famille aimante et à l’écoute, entre une mère auxiliaire puéricultrice, une grande soeur et un père dessinateur technique chez EDF. Sa mère l’emmenait avec elle chez son coiffeur où il appréciait l’aspect relationnel. Pierre Ginsburg veut arrêter le collège en classe de 4e : « J’étais mauvais en langues, j’ai continué jusqu’en 3e, je n’ai pas eu le brevet des collèges et à 15 ans, j’étais trop jeune pour l’alternance ! »
Ce sera la coiffure et un lycée professionnel à Toulouse, en internat pendant deux ans, avec la satisfaction de quitter Auch pour une grande ville : « J’étais fier de jouer au grand ! J’achetais le magazine Citizen K à un euro, je créais et suivais des blogs sur la mode, c’était une période créative entre un stage dans un salon à Toulouse et une alternance dans un petit salon très sérieux à Auch où la patronne m’a stimulé tout en me donnant de bonnes bases. » À 16 ans, il découvre grâce à elle le festival Métamorphose, initié par Titus Devos, où il réalise un look avec une robe en cheveux à la Charlie Le Mindu, mais en plus extravagant. C’est à cette occasion que L’Éclaireur des coiffeurs le remarque et ne cessera dès lors de suivre son évolution. Pierre Ginsburg découvre la face artistique du métier et commence à créer ses propres images.
Participer aux concours
Il veut Paris, qu’il connaît déjà pour y être allé en famille et avoir déclaré à ses parents, en descendant les escaliers de Montmartre, qu’il habiterait ici. Ce qui s’est avéré puisque c’est désormais son adresse ! Pour connaître Pierre Ginsburg, il faut évoquer le show des Style Masters de Revlon en 2011, où le jeune homme de 17 ans reçoit un choc en tant que spectateur : « Il y a 4 000 personnes dans la salle, une voiture sur scène, des looks fous sur le plateau avec des créatures avec extensions, c’est de la créativité sans limite, je suis subjugué. » L’envie de participer à des concours le saisit et il a bien raison puisqu’il remporte à 18 ans les Hairdressing Awards de Schwarzkopf Professional dans la catégorie Jeunes Talents, une distinction qu’il ne s’attendait pas à recevoir, remise lors d’une soirée au Carrousel du Louvre à Paris. Quelques années plus tard il est récompensé par les Victoires de la Coiffure du groupe JCA Community, les Style Masters de Revlon Professional (catégorie Jeune Talent international) et gagne par deux fois, en 2013 et 2017, le concours New Face organisé par L’Éclaireur des coiffeurs, en partenariat avec Toni&Guy. Cependant, le trac ne le quitte jamais « Avec la scène, j’ai découvert une autre facette de ma personnalité. Je ne reconnais plus l’enfant sans peur que j’étais, je suis devenu réservé. »
Pourtant, il lui en a fallu du culot quand, encore étudiant en deuxième année de BP, il contacte le styliste Jean-Charles de
Castelbajac sur les réseaux sociaux et que ce dernier lui répond ! Grâce à ce courage, il crée avec lui un groupe de jeunes créatifs atypiques et est invité dans son château pour reproduire lors d’une soirée le look du festival Métamorphose. Même scénario pour les fashion weeks, il contacte l’attaché de presse de la maison Galliano : « Il me demande ce que je veux et je réponds en un souffle : être en backstage à la fashion week ! » Souvenir ému de sa première arrivée aux défilés, où il est parachuté devant Orlando Pita pour aider à la préparation des coiffures : « Je suis tellement timide que j’ai envie de fuir. Orlando Pita réalise que je ne parle pas anglais. Mais j’ai quand même rendez-vous le lendemain sous la tente Galliano, il me veut en équipe avec Stéphane Bodin. Je me pince, j’y suis vraiment et ce mannequin assis devant le miroir, c’est bien Coco Rochas ! »
Les défilés, au culot
Depuis, il organise sa vie autour des fashion weeks, décroche son BP, passe des essais chez Toni&Guy, part travailler à Bordeaux au Salon 38, réalise des shootings de ses créations, remporte pour la troisième fois les Hairdressing Awards puis gagne le prix Jeunes des Talents internationaux de la marque Revlon, qui le sponsorise pendant trois ans. Pierre Ginsburg n’en perd pas pour autant son fil rouge : il veut être Pierre, comme il le dit, bien plus que le représentant d’un groupe. Pour casser le schéma, il décide de partir en Angleterre : « C’est une journaliste qui m’a suggéré d’imiter Anne Veck et de partir me perfectionner en Angleterre, mais j’ai été freiné à Bordeaux, je me suis renfermé et j’ai eu peur », confie-t-il. Heureusement, un de ses amis part s’y installer. Il le suit et rencontre Anne Veck qui l’invite à travailler à ses côtés à Oxford.
Pour le jeune Français, c’est la découverte de l’esprit d’avant-garde à chaque coin de rue, le farfelu s’invite partout, sauf au salon, trop classique à son goût. Il rencontre Emmanuel Esteban qui travaille beaucoup les perruques et emmène Pierre Ginsburg sur les shows. Ils se voient les jours off, Pierre l’assiste pour des événements Revlon. Anne Veck lui fait découvrir le côté créatif anglais, où les investissements sont plus conséquents qu’en France, soit entre 10 000 et 30 000 euros pour un shooting. L’aventure anglaise prend fin au bout d’un an. Pierre Ginsburg rencontre Olivier Le Brun chez qui il loue un fauteuil dans son salon parisien : « C’est à partir de là que j’ai trouvé mon équilibre. Depuis six ans, je développe ma clientèle, je m’accorde parfaitement avec Olivier qui est également coiffeur studio, je travaille pour les formations Revlon, j’ai été nommé Ambassadeur de l’équipe création Haute Coiffure Française. J’apprends de nouvelles techniques et surtout, je ne rate aucune fashion week ! » Assistant pour Julien d’Ys, il parle désormais très bien anglais, mais on ne sait pas si letrac le saisit encore avant de monter sur scène !

