Quel coiffeur n’a pas un jour caressé le rêve d’engager le collaborateur idéal ? Et renoncé aussitôt tant l’exercice peut paraître compliqué en ce moment. À moins, comme Alexia Fedidah du salon Hairstyle Art à Montpellier, de faire confiance à un coach. « Je me suis déjà fait une bonne clientèle, mais je n’avais pas mesuré à quel point on n’apprend pas à être patron à l’école, explique-t-elle. Je me posais pas mal de questions et j’avais des angoisses. » Elle a donc demandé à Stéphane Amaru, avec qui elle se formait déjà régulièrement, de la coacher. Ou plutôt de la « mentorer », comme Stéphane Amaru préfère appeler cette activité. Depuis, celle qui a monté son salon en septembre 2019, en pleine crise des gilets jaunes, et qui a dû également affronter la pandémie et un prud’homme d’une ancienne salariée, reprend confiance en elle. « Stéphane, un passionné, me rassure, car il sait déjà qui je suis », dit-elle.
Les clés du succès
Important pour la jeune femme de 32 ans, comme pour beaucoup de ceux qui souhaitent se lancer dans l’aventure. Car l’une des clés du succès de ce genre de démarche est de pouvoir faire confiance à celui ou celle avec qui on va travailler. Se faire coacher n’a en effet rien à voir avec suivre une formation classique. L’exercice se déroule en tête à tête et, depuis le Covid, très souvent en visio. Une nouvelle façon de procéder qui permet, explique Stéphane Amaru, l’un des pionniers en la matière, de gagner beaucoup de temps, aussi bien pour le coach que pour celui qui est coaché. C’est aussi moins cher, environ 100 euros de l’heure avec Amaru, pas remboursés, un peu comme les psys. « C’est à peine la moitié du coût d’un avocat spécialisé et à peine plus cher qu’un comptable », affirme Érik Dumon, d’Educ@ttitude, un centre de formation continue basé à Toulouse, avec qui travaille Stéphane Amaru et qui ne rechigne pas lui non plus à faire du coaching avec les clients qui le souhaitent. « Coacher, c’est amener quelqu’un d’un point A à un point B, avec des rencontres successives, explique-t-il. C’est beaucoup plus personnalisé qu’une formation. » Avec des objectifs très précis. « À chaque rendez-vous, nous partons d’un constat, ce qui nous amène à mettre en place une action qui sera ensuite contrôlée lors d’un prochain rendez-vous », ajoute-t-il.
Toutefois, si un coiffeur arrive avec un certain mal-être mais sans objectifs précis, le rôle du coach est aussi de les faire émerger le plus rapidement possible. « Quand un coiffeur me contacte, la première chose que je lui demande, c’est son objectif, explique Stéphane Amaru. Et une fois que nous l’avons déterminé, je lui propose un nombre d’heures à y consacrer. » Pour Jean-Christophe Robelot, huit salons en Bourgogne-Franche-Comté, en revanche, tout démarre avec un audit du salon. De quoi « poser les mots sans blesser ». Puis celui qui préfère se dire « consultant en créativité » plutôt que coach – un terme qui demande une certification – fait tout, dit-il joliment, « pour ouvrir les volets afin de faire entrer la lumière dans le salon ». Il a débuté cette activité il y a six ans, à la demande d’un commercial de L’Oréal qui, au vu des bons résultats de ses points de vente, lui avait proposé de s’occuper de la dirigeante d’un salon en difficulté. Depuis, il fait entre 20 et 40 audits de salons par an, notamment pour de grands groupes. « Je travaille à la carte et par forfait, selon les besoins du salon, son positionnement, sa taille et en fonction du temps qu’il souhaite y consacrer », explique-t-il. Suivant les objectifs, le coaching peut donc durer de quelques semaines à plusieurs mois, voire des années. On peut aussi adhérer à des formules courtes comme celles que propose Stéphane Amaru : quatre fois une heure par visio, souvent le soir, après le travail. Le tout s’accompagne de devoirs à faire à la maison et de contrôles. « Pour avoir un ordre d’idées, en 16 heures on arrive en général à résoudre 2 ou 3 problèmes », dit Stéphane Amaru.
Depuis que je me suis fait coacher, je sens que je suis plus sereine pour gérer mon entreprise et embaucher une équipe car j’ai plus de clés en main. Je voudrais que l’on soit trois ou quatre et que cela se passe bien.
Alexia Fedidah, de Hairstyle Art à Montpellier
Choisir son coach
Reste qu’avant de s’engager, mieux vaut être sûr de pouvoir consacrer du temps à l’exercice. Car celui-ci requiert régularité, suivi, bienveillance, et surtout une confiance réciproque entre les 2 parties. Et pas mal de travail personnel aussi. Très différent d’une solution clé en main apportée de l’extérieur par un tiers. « Je vais bientôt prendre un autre cours supérieur, explique Alixia Fedidah. Mais pas cette semaine car je dois d’abord faire des présentations PowerPoint et des tableaux de chiffres. » L’exercice ne doit pas non plus s’orienter vers une sorte de développement personnel du chef d’entreprise, comme auraient tendance à le penser certains coachs. Un phénomène qui gagne aussi la coiffure et qui a le don d’énerver Angélique Belliveau, de Hair Business Développement, ancienne coiffeuse reconvertie dans l’accompagnement d’entreprise (cf. encadré). « Le coaching, ce n’est pas fait pour rendre le propriétaire du salon plus heureux, mais bien pour accompagner le salon dans son développement », affirme-t-elle.
Nous proposons un accompagnement global sur toute l’année. Ce “pack business” (auquel 98 salons ont adhéré) est résiliable à tout moment et comprend tout ce qu’il faut pour développer son salon. Le coiffeur reste maître chez lui. En revanche, il peut appeler tous les jours. Car ce qui est efficace, c’est le contact du quotidien, pour pouvoir réagir tout de suite.
Angélique Belliveau, d’Hair Business Développement à Nantes
Dès lors, tous les sujets ou presque peuvent être abordés : des relations à instaurer avec ses collaborateurs aux logiciels utilisés, en passant par l’organisation du salon ou l’optimisation des processus et la mise en place de contrôles efficaces pour pouvoir libérer du temps. Mais on peut aussi faire appel à un coach pour apprendre à déléguer ou à gérer son stress. Ou avoir envie de savoir comment améliorer ses relations avec la clientèle, pour pouvoir prendre en toute connaissance de cause une décision importante, en travaillant sur de nouveaux objectifs de rentabilité plus ambitieux pour le salon. De quoi mieux payer ses collaborateurs pour enrayer la mobilité ou le manque de personnel, dont se plaignent tant de salons. Une solution que défend bec et ongles Stéphane Amaru, comme Jean-Christophe Robelot. « Il faut que tout le monde gagne bien sa vie dans le salon et qu’il y ait une éthique. Car s’il n’y a pas de collaborateurs, il n’y a pas de chiffre d’affaires », dit ce dernier. L’embauche est d’ailleurs, explique Stéphane Amaru, « l’un des trois sujets qui arrivent en tête de liste des demandes dans le coaching, avec l’augmentation des prix et l’ouverture de nouveaux points de vente, sans avoir à passer trop de temps à manager ». Pas vraiment étonnant, quand on sait que ce sont les principaux problèmes qui agitent la profession.
Et la pandémie n’a pas arrangé les choses. Pourtant, les coiffeurs ne se bousculent pas au portillon pour adhérer à la démarche. « La technique représente encore 90% des formations les plus demandées et je ne croule pas sous les demandes, alors que c’est ce dont la profession a le plus besoin, constate Érik Dumon. Or, apprendre à mieux gérer son salon n’est pas aujourd’hui un besoin, mais une nécessité. »
Mais la profession n’en est décidemment pas à une contradiction près. D’ailleurs, comme le constate Stéphane Amaru non sans un certain humour, « ce sont souvent les salons qui fonctionnent déjà très bien qui se font régulièrement coacher ». Cherchez l’erreur… Car quel que soit le nom qu’on lui donne – mentor, animateur réseau, consultant en créativité ou tout bêtement coach –, rien de tel, pour grandir, que s’entourer des conseils avisés d’un coach.
Me faire coacher m’a apporté les éléments qui me manquaient pour faire monter l’excellence dans mes formations chignon et attaches. Depuis, j’ai plein d’idées que je mets sur PowerPoint. Cela m’a permis, entre autres, de réaliser que transmettre, c’est bien ce que je veux.
Alice Gesvres, de Leslie Azur coiffure, spécialiste de l’événementiel, free-lance au Spa Royal Golf de Mougins et professeur à l’IFP de Cannes
