Le bac est-il en passe de devenir le diplôme d’entrée dans le métier ? Si l’on en est encore bien loin, les jeunes qui ont d’abord suivi une filière générale, voire ont fait des études supérieures ou étaient déjà en situation professionnelle avant d’intégrer un CAP Métiers de la coiffure en un an sont de plus en plus nombreux, constate Nathalie Delprat, directrice du développement au Campus Jasmin de Toulouse. « Cette année, nous avons 35 apprenants avec un bac +2 ou 3 répartis sur 3 classes de CAP en un an. Alors qu’en 2017, au moment de la création de cette classe de reconversion, ils n’étaient que 12 », explique-t-elle. Une recrudescence des vocations qui, pense-t-elle, est notamment due à la pandémie de Covid, durant laquelle les articles sur la coiffure ont fleuri un peu partout et le métier est apparu comme essentiel. Des coiffeurs « stars » comme la coloriste Garance Delacour ou Carli auraient également eu une influence importante pour redorer le blason de la coiffure. Même constat chez Franck Attoyan, directeur du CFA Marseille-Provence et de l’école de coiffure du lycée professionnel privé Phocéa René Attoyan de Marseille. « Nous allons avoir de plus en plus d’étudiants de ce type car beaucoup de parents veulent que leurs enfants passent le bac d’abord, explique-t-il. Mais pas forcément un bac général comme avant 2019, date de création du bac pro. Car pour les parents, un bac est un bac. »
Mon bac scientifique m’a donné de grandes facilités en chimie. J’ai aussi acquis des compétences transversales telles que la gestion d’équipe.
Joséphine Cuchet, formatrice au Campus L’Oréal et salariée d’un salon, après avoir passé un bac scientifique, un bachelor cinéma audio et travaillé dans le cinéma.
Point commun chez la plupart des jeunes qui choisissent cette voie : ils tiennent à commencer par un CAP. Afin, pensent-ils, d’acquérir un bon niveau en coiffure. C’est le cas de Nina Paez, 23 ans, actuellement en seconde année de BTS sur le Campus Jasmin. Une fois son bac section ES en poche, elle a décidé de ne pas intégrer directement le BP en alternance, comme elle pouvait le faire. C’est aussi ce qu’a fait Jérémie Zayonnet, alors qu’à 21 ans il était en Math Spé à Arras et pensait devenir professeur de mathématiques. « J’avais envie d’approfondir et de faire plus de pratique », dit-il. Depuis, il a entamé une belle carrière de coiffeur pour le théâtre et les comédies musicales, a été formateur en perruque et en coiffure pour les Ateliers du Griffon et a fondé en 2020 Zajag Formations, un organisme de formation à la coiffure et à la perruque, certifié Qualiopi. D’autres, comme Julie Hugues, 35 ans, sont arrivés à la coiffure par des parcours « plus alambiqués », selon ses propres termes. Après un bac L, elle ne sait pas vers quel métier manuel se diriger. Elle choisit le maquillage artistique et travaille pour des théâtres. Mais trois ans plus tard, un constat s’impose à elle : la coiffure est très demandée. Cela la conduit « à reculons », dit-elle, à s’y former. Elle fait des stages chez Alexandre de Paris, apprend l’implantation dans un atelier de perruquerie et prend des cours de coupe et de couleur dans un salon. Elle n’a toujours pas le CAP, qu’elle passe finalement en candidat libre. Au passage, elle découvre le métier qui lui plaît énormément. Depuis, elle se consacre à la coiffure et travaille notamment avec Sébastien Quinet, 45 ans, coiffeur studio sur des comédies musicales ou des séries. Ce sont ses parents, à la tête d’un salon à Loos, qui l’ont poussé à passer par le bac, qui le mène aux Beaux-Arts de Tourcoing. Ce qui ne l’empêche pas, poussé par les profs des Beaux-Arts qui lui demandent de se remettre à coiffer des cheveux, de revenir vers le milieu dans lequel il a baigné toute sa jeunesse. Mais pas dans un salon qu’il ne se voyait pas tenir. « Sur les conseils de mon père, j’ai donc dessiné et réalisé une coiffure pour le concours Coiffure créative du MCB et j’ai gagné. » De quoi intégrer l’équipe de France, passer le CAP et le BP, gagner de grands championnats de la profession et être finalement choisi parmi les jeunes de l’équipe de France pour travailler sur la comédie musicale Le Roi-Soleil. C’est le début d’une grande aventure qui continue aujourd’hui. Un pur hasard ? Pas forcément pense-t-il. Actuellement, quatre sur les huit coiffeurs de son équipe du tournage de Marie-Antoinette saison 2 ont le bac. « Le bac ne nous rend pas plus intelligents, dit-il. En revanche, il permet d’acquérir un certain niveau de culture générale quand, comme moi à l’époque, on se retrouve à 25 ans à diriger une équipe sur une grosse production. »
Quand je suis arrivée en CAP, j’étais mature et j’avais de bons acquis dans certaines matières et plus de facilité à comprendre car j’avais déjà passé des épreuves.
Nina Paez
Des facultés d’adaptation et une maturité que seuls les post-bac et tous ceux qui viennent plus tardivement d’autres filières sont capables de déployer. « Les post-bac sont plus âgés, plus ouverts et plus mûrs que les minots de troisième qui intègrent un CAP, constate Franck Attoyan. Gros avantage par rapport à leurs cadets : ils savent pourquoi ils sont là, ce qui crée une énergie, une émulation et de l’entraide dans les classes de CAP qu’ils intègrent, constate Nathalie Delprat. « L’investissement, quand on a 20 ou 25 ans, n’est aussi pas du tout le même qu’à 15 ou 16 ans, ajoute Julie Hugues. Surtout quand on a fait autre chose que la coiffure. Une fois par semaine, quand j’allais passer la journée au salon Y, je rencontrais pas mal de CAP. Beaucoup étaient écœurés et envisageaient de faire autre chose. Alors que pour moi qui avais fait un peu le chemin inverse, c’était du concret et très motivant. » Avec le recul, Jérémie Zayonnet ne regrette rien non plus, bien au contraire. Grâce à ses études, il a « acquis beaucoup de rigueur et de précision et un goût du travail bien fait qui lui servent tous les jours quand il doit réaliser des chignons ». Sans parler de la bonne gestion du temps ou de l’efficacité dans le travail ou des acquis en géométrie dans l’espace très utiles quand on est coiffeur. Il a aussi des facultés d’analyse et de résolution des problèmes qui se sont révélées essentielles pour lancer à Arras Les Étoiles de la coiffure, un concours sorti de son imagination qui tentait de pallier le manque d’argent des jeunes passant des concours et permettait aux candidats de gagner de quoi monter un salon de coiffure. Le tout alors qu’il n’était qu’en seconde année de CAP, ce qui ne l’avait pas empêché d’aller démarcher et d’obtenir le soutien de grandes marques de la coiffure. « Je n’aurais pas mis en place ce concours si je n’étais pas passé par le bac », estime-t-il aujourd’hui.
Parfois j’ai eu l’impression d’avoir perdu mon temps dans une filière générale mais ce n’est pas vrai. J’y ai appris beaucoup de choses, dont l’anglais qui m’est très utile car il y a de nombreux tournages anglo-saxons.
Julie Hugues
Motivation, émulation, rapidité d’exécution… Des facultés également très recherchées par les professionnels de la coiffure. « C’est tout bénéfice pour certaines entreprises, notamment pour les patrons qui ont mis en place une politique de qualité », explique Franck Attoyan. Du coup, ces jeunes n’ont pas vraiment de difficultés à trouver une entreprise dans laquelle s’intégrer. Et ce, même s’ils sont payés plus cher. Car les employeurs s’y retrouvent. « Tous les “savoir-être” qui sont compliqués à acquérir sont déjà là, ajoute Nathalie Delprat. Les rapports avec la clientèle de ces jeunes sont également complètement différents de ceux des plus jeunes. Et même les clients sont satisfaits car ce sont de jeunes adultes qui savent parler, travaillent plus vite, sont plus réceptifs, plus dynamiques et beaucoup plus mûrs. » Un pari gagnant-gagnant pour la profession.
Autre possibilité pour intégrer la coiffure ouverte aux détenteurs d’un bac pro ou général et aux candidats en reconversion professionnelle : le Real Campus en 3 ans créé en 2020 par l’Oréal Professionnel. À condition d’accepter, pour ceux qui n’ont jamais fait de coiffure, de passer par le Bootcamp, une formation de remise à niveau technique d’un mois payante.



