« Les femmes assument leurs cheveux gris, voire les revendiquent ».
Ce mantra, on l’entend depuis quelques années et on nous en démontre la réalité avec essentiellement des femmes d’influence ou des stars, mais quid dans les salons, et de madame Michu ? La situation est plus contrastée !« Ce n’est pas trop notre clientèle et je ne suis pas fan. Mais cela peut tout de même être beau avec une mise en lumière », assure ainsi Éric Pfalzgraf, de Coiffirst, tandis qu’un coloriste de référence, Rodolphe, de Coloré par Rodolphe, annonce de façon plus surprenante : « J’adore ! J’accompagne depuis des années des femmes dans cette voie, il n’y a pas de contradiction avec le métier de coloriste, c’est même une de ses facettes. C’était déjà une de mes spécialités à mon époque Alexandre de Paris, même si certains coloristes m’ont maudit pour ça ! C’est en partie Marie Seznec, modèle pour Christian Lacroix, qui m’a inspiré, mais le mouvement s’est accéléré avec le confinement lié à la crise du Covid. » Et d’ajouter en souriant : « Et ces clientes qui abandonnent la coloration m’en amènent plein d’autres qui, elles, veulent une couleur classique. »
Quant à l’enseigne Jean Louis David, fidèle à sa nouvelle image plus décalée, elle y est allée franco, avec un visuel fort de gris sur une femme mûre dans la collection été 2025, mais dans une logique construite et qui a du sens, pas juste pour le fun, comme l’explique Marie Barateau, responsable de la formation : « C’est un shadow light. Certes le modèle a les cheveux gris, mais avec un service pensé pour donner de la profondeur et un jeu de lumière. Sur ce visuel nous avons forcé le trait, qui plus est sur cheveux longs, mais en général c’est plutôt sur cheveux courts et plus subtil. Nous avons un vrai potentiel artistique et technique sur les poivre et sel et c’est une vraie clientèle à capter. C’est un service pour lequel nous formons les équipes. » L’avantage de ces techniques : la cliente se sent moins enfermée car son évolution reste naturelle au fil des mois. Mais généralement, comme pour les colorations traditionnelles au rendu « naturel » que demandent les clients, un beau gris est en réalité le fruit d’un travail qui joue à la fois des soins et souvent même… de la coloration.
Les vrais gris naturels sont encore marginaux, même s’ils correspondent à une demande également en croissance.
« Soin, brillance, neutralisation et entretien, dans ce cas je suis d’accord car le gris reste risqué, précise Éric Pfalzgraf. Et souvent aussi une coloration jouant de mèches pour un beau mélange, plus un vernis. J’aime mixer pour obtenir un vrai effet poivre et sel. Une sorte de naturel augmenté ! » Du marron, pas mal de blondeur au milieu de mèches blanches, il s’agit d’un travail d’orfèvre, comme l’explique comme Rodolphe : « Pour celles qui veulent réellement passer le cap, j’accompagne leur transition. Je reprends quasiment chaque cheveu, ce qui prend énormément de temps. J’utilise des lunettes loupes ! À cause de cela, ce n’est pas mon service le plus rentable mais je le trouve passionnant car on apporte beaucoup à des femmes en demande de changement tout en gardant intacte leur beauté. » En réalité l’enjeu est là, il ne faut pas confondre cheveux gris naturels et renoncement, même s’il peut y avoir une forme d’abandon de la coloration telle que ces clientes l’ont pratiquée durant des années, comme l’explique Marie Barateau : « Moins de contrainte ne veut pas dire absence de propositions. De l’artistique avec des pointes foncées, un gloss qui s’estompe ou simplement une mise en beauté et de l’entretien contre le jaunissement ou des cheveux souvent plus secs. On propose des colorations plus en transparence qui s’estompent naturellement, comme un Shade EQ de Redken, un peu de brillance, c’est souvent central. Les choix sont multiples et les services aussi. »
Pour Rodolphe, avant de parler technique, la préoccupation première est que la cliente se plaise, même si c’est au prix de la libérer « en partie seulement, de son coiffeur, plaisante-t-il ! C’est une seconde jeunesse qui fait suite à une étape après laquelle les femmes amorcent une réflexion de fond qui ne nous exclut pas forcément, bien au contraire, car nous avons plein de conseils beauté à apporter. Enfin on déculpabilise le choix des cheveux blancs qui est un carcan fort pour les femmes. » Si tout est au clair, la transition peut être réalisée dans la journée par une technique minutieuse. Une autre façon de faire consiste à mettre en scène ce que sera le changement avec une étape. « Je refuse cependant si les cheveux sont trop abîmés, dans ce cas, on attend ou on coupe. » Et de constater que l’une des seules vraies limites, purement esthétique, vient des rousses : « Le poivre et sel ne fonctionne pas bien car la base est chaude. » Pour toutes, l’option la plus simple consiste à travailler partiellement la chevelure pour adoucir visuellement le passage, tout en choisissant une coupe courte. Le plus simple mais le plus risqué : une décoloration complète qui sensibilise et donne un rendu moins naturel, une solution à laquelle Rodolphe n’adhère pas. Pour achever la normalisation, Rodolphe organise une fête des poivre et sel dans le salon. Et de rappeler l’autre clientèle poivre et sel qu’il développe, l’homme : « Pour qu’ils évitent la caricature en ressemblant à des corbeaux, on peut colorer pour sublimer leur poivre et sel à eux aussi ! »
Transition, comment faire ?
Il y a le choix radical assumé par Lio : laisser pousser avec une large démarcation. « Un parti pris qui évite toute technique. Les femmes peuvent lui dire merci », s’amuse Marie Barateau. Pour accélérer le mouvement, une légère coupe peut aider.
Côté technique, plusieurs options sont à étudier : gommage, éclaircissement des mèches colorées pour donner de l’homogénéité. « Pour un travail immédiat, je propose un service de 7 à 9 heures, explique Rodolphe. Ce n’est pas de la création, je reprends tout pour raccorder avec les racines en trompe-l’oeil. Il y a tellement de poivre et sel qu’il faut déterminer comment va se faire cette transition. C’est le travail mis en place lors du premier rendez-vous qui mettra tout à plat avec la cliente, parfois avec une étape pour évaluation à 3 mois. Qu’est-ce qui est possible, qu’est-ce qui ne l’est pas ? » Vraie fin de coloration ? Est-ce que cela vieillit ? Quelles étapes. Et l’après ? Tout doit être évoqué.



