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La Rédaction de L'Eclaireur www.leclaireur-coiffeurs.com

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L' équipe de la rédaction de L' ECLAIREUR composée de  Eve Laborderie, Brice Thiron et  Catherine Sajno, et tous nos journalistes  ou contributeurs plus occasionnels ont  réuni les archives de L'ECLAIREUR, ainsi que les principaux textes officiels et réglementaires pour vous vous apporter des réponses aux questions classiques que vous vous posez dans le cadre de la gestion et le développement de votre salon. Vous bénéficiez ainsi de plus de 45 ans d' expérience de la coiffure cumulées par nos équipes,  lesquelles ont interviewé  les plus grands professionnels  dans tous les métiers.

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02 février 2011

Comment gérer le problème des poux dans le salon ?

Milieux modestes ou huppés, enfants uniques ou de familles nombreuses : le pou ne fait pas de détail ! Et le coiffeur a un rôle à jouer : rassurer, donner la marche à suivre… tout en fixant un nouveau rendez-vous pour le moment où l’« ennemi » aura succombé.

 

Le coiffeur, ce professionnel du cheveu et du cuir chevelu, est l’interlocuteur légitime pour dédramatiser et lutter contre les idées reçues en matière de poux. Et elles sont nombreuses !

 

CHASSE AUX IDÉES REÇUES…
• « Il y en a de plus en plus ! » Catherine Combescot est enseignante-chercheuse à la faculté de pharmacie de Tours. Son domaine : la parasitologie, et donc, entre autres, les poux. Pour elle, il est difficile de savoir exactement si l’on assiste à une recrudescence de ces parasites ou si certains deviennent plus résistants aux traitements.
• « Un enfant a des poux quand il est sale », pensent beaucoup. Catherine Combescot s’insurge contre cette idée reçue : « Tout le monde peut avoir des poux ! Rappelons qu’un pou se nourrit de sang, pas de saleté… » Cependant, elle reconnaît que le manque de soin joue un rôle aggravant, dans la mesure où, si la famille ne prend pas les dispositions nécessaires, l’« ennemi » a tôt fait de proliférer, envahissant la tête entière. Dame pou, en pleine période de fertilité, pond en effet de 4 à 10 œufs par jour…

 

PAS DE PANIQUE…
• « Par sa seule présence, un enfant porteur de poux peut provoquer l’infestation du salon. » On se calme… Le pou ne saute pas ! Il reste tranquillement dans la chevelure. Donc, si vous n’effectuez pas la prestation, pas de risque. Mais si l’on se rend compte pendant la prestation que l’enfant a des poux, les choses sont différentes. Pour Catherine Combescot, l’emploi des ciseaux ne constitue pas un facteur de risque, ni même le fait d’avoir touché le cheveu. En revanche, peignoir, serviette, peigne et brosse restent d’importants vecteurs de contamination. Il faut, bien entendu, éviter de les donner tels quels à un autre client. Bon à savoir : le lavage à 60 °C, souvent préconisé, ne suffit pas toujours pour tuer le coriace animal. « On en a vu certains survivre à ces températures, même en machine à laver !, poursuit la chercheuse. Le lavage véritablement efficace s’effectue à 100 °C. » Reste que le pou survit peu de temps à l’éloignement du cuir chevelu, source de chaleur et de nourriture. On peut donc commencer par enfermer serviettes et peignoirs suspects dans un sac-poubelle durant 3 jours. Au bout de 24 heures, une grande partie des poux auront succombé, et à l’issue des 3 jours, l’hécatombe sera générale. Il suffit ensuite de laver le linge. Pour les objets tels que peignes et brosses, le passage à l’eau de Javel fonctionne bien, l’idéal étant d’ébouillanter les outils.
• « L’enfant a suivi un traitement, mais il reste des lentes. » Comme le précise Catherine Combescot : « Il importe de ne pas confondre lentes mortes et vivantes ! ». Il faut savoir que la lente est fixée autour du cheveu par un manchon, et que morte, elle reste accrochée. Ainsi, voir des lentes blanches solidement arrimées au cheveu ne signifie pas que l’enfant se trouve encore infesté : situées à plus d’un centimètre du cuir chevelu, elles sont forcément mortes !  « Je vois bien quand les parents mentent ou disent la vérité, en prétendant avoir fait suivre le traitement à leur enfant », note ainsi Sandrine Genet (salons « Coup’Kid », à Paris). « Ce n’est pas du tout la même chose, même s’il reste des lentes mortes ! », continue-t-elle.
• « Le pou, ça transmet des maladies. » Nous ne sommes plus à l’époque de la guerre de 14-18, qui vit le pou de corps faire des ravages en transmettant le typhus et la fièvre des tranchées. Actuellement, en France, nous nous trouvons confrontés au pou de tête, cousin du pou de corps, qui n’est vecteur d’aucune maladie contagieuse.

 

UNE CARTE À JOUER POUR LE COIFFEUR
Comment réagir face à un enfant, voire à un adulte, contaminé ? Premier point : il est parfaitement légitime de refuser -ou de permettre aux collaborateurs de refuser- de s’occuper à ce stade de ces clients. « J’estime que mes collaboratrices n’ont pas à subir cela, par respect pour elles », nous a déclaré par exemple Hervé Weber, propriétaire du salon qui porte son nom à Strasbourg (Bas-Rhin). Maintenant, l’idée est aussi de se montrer diplomate. Tout repose sur la façon de présenter les choses ! Sur le Net, les forums sont pleins de doléances de femmes qui racontent comment le coiffeur a fait profiter tout le salon de leur problème, en leur annonçant à haute voix qu’elles ou leurs enfants avaient des poux… Plutôt humiliant. Donc, la discrétion s’impose. Une bonne entrée en matière consiste à utiliser des phrases telles que : « Avez-vous/as-tu des démangeaisons, en ce moment ? » Mais refuser un(e) client(e) n’implique pas forcément la perte de la prestation. Il suffit en effet de lui proposer un autre rendez-vous, assez rapproché, pour le moment où l’« ennemi » aura succombé. Certes, le coiffeur n’est absolument pas habilité à vendre lotions et gels anti-poux qui, en tant qu’additifs médicaux, se trouvent en pharmacie. Mais, comme l’ont perçu les professionnels interrogés, il joue un rôle important de conseil et de pourvoyeur d’explications. A lui de se faire rassurant, de dédramatiser en luttant éventuellement contre les idées reçues, d’informer sur les différents produits existants… sans oublier, bien sûr, de proposer à la cliente de la revoir (elle ou son enfant) dès que le problème sera réglé. Coup double : le coiffeur joue ainsi son rôle de professionnel du cheveu, en prodiguant des conseils, et ne perd pas le rendez-vous.

Catherine Sajno


L’ARSENAL ANTI-POUX
Schématiquement, il existe deux grandes catégories de produits anti-poux : les neurotoxiques et ceux qu’on appelle les « étouffeurs ». En tant qu’additifs médicaux, ils sont obligatoirement vendus en pharmacie. Plus anciens, les neurotoxiques (Prioderm, Marie-Rose…) empoisonnent la « bête ». Ils sont efficaces, mais posent un double problème : d’une part, les poux développent parfois des résistances ; d’autre part, les utilisateurs peuvent subir des effets secondaires indésirables (irritations, eczémas…), d’ailleurs mentionnés par les notices. Il existe une deuxième catégorie de produits un peu rapidement baptisés « étouffeurs » (Duo LP-Pro, Nyda…) : en fait, ils engluent l’« ennemi » en bouchant les orifices par lesquels il respire et en l’empêchant de bouger. Ils nécessitent en général 2 applications à 8 jours d’intervalle, car les petites lentes peuvent échapper à leur action ; à noter cependant qu’un produit, Duo LP-Pro, a donné lieu à des études faisant état d’une efficacité à 100% en une seule application (voir la revue « Que choisir » de janvier 2009). Non agressifs pour les utilisateurs et ne créant pas de résistances chez le parasite, ces produits dits « étouffeurs » ont le vent en poupe actuellement.


SANDRINE GENET (2 SALONS « COUP’KID » À PARIS 2ÈME ET 18ÈME) :
« Certaines familles ne les traitent même plus »

Les salons « Coup’Kid » accueillent les enfants et leurs parents au pied de la butte Montmartre et dans le Passage des Princes. « Cela fait 10 ans qu’il y a beaucoup de poux. Nous rencontrons tous les cas de figure : les parents qui n’ont rien vu, ceux qui savent mais ne disent rien, ceux qui le disent… Ici, nous proposons un traitement, un produit de la marque Capi Plante conçu pour lutter contre le psoriasis ou les problèmes de cuir chevelu, mais efficace aussi contre les poux. Néanmoins, je ne fais pas de publicité là-dessus, car je n’ai pas envie d’avoir des gens qui viennent exprès. Et nous ne coupons pas les cheveux si l’enfant n’est pas traité, par nous ou dans sa famille. » Pour Sandrine, le pou ne constitue plus un tabou. « Aujourd’hui, les poux, ce n’est plus un sujet gênant à aborder… A tel point que certaines familles ne font plus rien contre ! Et le milieu social importe peu : dans certaines familles guère favorisées, les enfants sont bien plus suivis que dans d’autres où il y a beaucoup d’argent. » Sandrine regrette l’époque où « une dame » passait régulièrement vérifier les têtes des enfants dans les écoles : « J’ai connu ça, petite ; au Canada, cela existe encore ! Pour moi, le rôle du coiffeur revient à conseiller les parents sur le traitement, à dire s’il reste ou non des poux, bref, à se montrer rassurant. Et, dans certains cas, à faire comprendre que raccourcir les cheveux est indispensable… »


BRUNO LIÉNARD (SALON « BRUNO LIÉNARD », PARIS 7ÈME) :
« J’avertis les parents hors de la présence de l’enfant »

Créateur du célèbre salon parisien pour enfants « Au Pays d’Oscar », Bruno Liénard s’est désormais installé à quelques encâblures du Bon Marché, dans un lieu évocateur d’Alice au pays des merveilles, où il accueille parents et enfants. « Les parents ne disent pas tous que leurs enfants ont des poux, c’est pourtant une question d’honnêteté. Parfois, on me met devant le fait accompli, lorsque j’ai commencé le shampooing ou la coupe ; je n’ai alors pas le choix, je dois continuer. Ce serait insultant pour l’enfant que d’arrêter la prestation. » Dans ce salon, où Bruno travaille seul et reçoit les familles une par une, le problème de la discrétion ne se pose pas. « J’entraîne les parents dehors pour les avertir hors de la présence de l’enfant. Ensuite, c’est à eux de le lui dire, l’enfant n’a pas à subir cela de la part d’un étranger à la famille, éventuellement devant ses cousins, sa grand-mère… » Pour Bruno, la mauvaise foi est souvent en cause. « Même si je me sens en colère, je reste diplomate en expliquant aux parents que ce n’est pas ‘‘sympa’’ de m’avoir amené l’enfant comme ça. Ils jouent alors les étonnés… Une autre situation fréquente concerne ces parents divorcés dont chacun croit que l’enfant s’est lavé les cheveux chez l’autre… » Bruno termine alors en conseillant les produits appropriés… et en insistant sur les vertus de l’épouillage !