Joanne Cartier, de Marlow

Joanne Cartier, de Marlow
© D.R.
À 36 ans, Joanne Cartier a déjà eu plusieurs vies. Hôtesse de l’air chez Emirates avant de passer par l’hôtellerie de luxe, elle a attendu de faire ses preuves dans d’autres domaines pour céder à son envie initiale, la coiffure.

Pourquoi une jeune hôtesse de l’air de la compagnie aérienne Emirates, diplômée d’un BTS tourisme, décide-t-elle un beau matin d’embrasser le métier de la coiffure ? Joanne Cartier, 36 ans, est fière d’avoir repris juste avant le Covid le salon paternel de Clamart (92) qu’elle a réaménagé selon ses goûts dans un esprit studio photo, vestige de son expérience des fashion weeks parisiennes. Petit blouson marron en vinyle Courrèges, pantalon large et grands yeux verts, la jeune femme sourit à sa nouvelle vie : « Au fond de moi, et du plus loin que je m’en souvienne, j’ai toujours souhaité devenir coiffeuse. Mais si vous êtes bonne élève au lycée, le métier a si mauvaise réputation que votre entourage considère votre choix avec mépris. » Son père, coiffeur, l’incite à prendre une autre voie, lui assurant que « si c’est vraiment ton désir, tu y reviendras ».

C’est ainsi qu’après la classe de seconde, elle posera une année de césure pour partir à 15 ans effectuer ses classes de première et de terminale aux États-Unis : « Je souhaitais devenir bilingue et je me suis retrouvée dans une famille à Stockton, en Californie. Les visites parentales n’étaient pas autorisées, je suis partie sans réaliser ce que cela induisait ! » La jeune femme admet qu’il lui a été difficile, au début, de trouver sa place : « On pense d’emblée que la Californie est glamour. Ce n’était pas le cas de cette petite ville et ma famille d’accueil était modeste. Cependant il y avait la nature et le sport et malgré le puritanisme ambiant, cette expérience m’a fait grandir.

Hôtesse de l’air

Après le bac L, comme il était mal vu de devenir coiffeuse, elle opte pour un BTS tourisme. Souvenir ému d’une alternance au fameux Fouquet’s à Paris, où la jeune femme tenait la réception : « J’ai adoré ce management à la française, où il fallait respecter des codes comportementaux et des valeurs patriotiques. Pas de tatouages ni de chewing-gum, et surtout la reconnaissance du beau travail et de la ponctualité. » Des valeurs que Joanne Cartier adopte aujourd’hui dans son salon, même si elle avoue s’être fait tatouer depuis !

C’est lors de son travail au Fouquet’s qu’elle fait la connaissance de personnes issues des pays du Golfe qui l’inciteront à se présenter aux journées de recrutement organisées par la compagnie aérienne Emirates. Aussitôt embauchée, elle part vivre trois mois à Dubaï pour suivre la formation d’hôtesse de l’air : « Dubaï, c’est le Las Vegas de l’Orient, explique-t-elle. J’ai vécu dans une bulle qui s’apparentait à un parc d’attractions pour adultes. Mais on s’en lasse vite. » Son premier vol l’emmène à l’île Maurice. Elle effectue 120 heures de vol par mois contre les 70 réglementaires des hôtesses Air France. La jeune femme côtoie 150 nationalités différentes au sein de la compagnie, c’est le choc des cultures : « Que ce soit avec le personnel navigant ou avec les passagers, j’ai beaucoup partagé la différence, cela ouvre l’esprit », raconte-t-elle. Mais au bout de quatre ans et demi, la vie parisienne lui manque : « On se lasse vite de la fête, les relations humaines profondes faisaient défaut. Paris me manquait tellement que j’y retournais même pour vingt-quatre heures. » Démission, retour à Clamart et décision de vivre la vie qui lui ressemble : ce sera le CAP et BP coiffure en un an : « Je me suis retrouvée à 25 ans avec des élèves de dix ans de moins que moi. Mes parents venaient me voir au salon d’application, entourée de petits vieux, ils ne montraient pas leur inquiétude. » La jeune femme s’accroche, elle est déterminée.

Elle poursuit sa formation au salon Y avec Alexandre Pattein, devenu depuis photographe. Grâce à lui, elle apprend beaucoup, par exemple le travail sur perruques, et participe au Mondial Coiffure Beauté. Elle découvre surtout l’assurance de se trouver au bon endroit, enfin ! Elle glisse un pied dans le monde de la mode et coiffe pour la marque Officine Générale, avec des créations de textures originales. Mais c’est surtout l’approche conceptuelle du métier qui fait écho chez elle : « Il fallait faire un travail d’imagination. Par exemple trouver une coiffure qui évoque une fille ébouriffée qui faisait du patin à glace ou une autre qui sortait son chien au petit matin avec un chignon qui ne ressemble à rien. Un exercice fabuleux qui m’est utile désormais pour traduire le désir des clientes, car la coiffure devient une expression et non une exécution. » Cependant, cette expérience dans la mode sera courte : « Ce n’est pas un milieu où l’on est bien traité. À moins de devenir chef de cabine pour Chanel, je n’avais pas envie de cette ambiance pour travailler six heures et être payée 130 euros. Je ne regrette rien car j’ai appris de nouvelles techniques auprès des autres coiffeurs studio mais je préfère travailler dans mon salon. »

Coloriste expert

C’est ainsi qu’en 2020, son père décide de partir à la retraite et de lui céder son salon. Son bon chiffre d’affaires et le prêt garanti par l’État lui permettent d’encaisser les périodes de confinement. Joanne reprend l’affaire mais l’équipe ne la suit pas. Elle recrute par connaissances et grâce à Instagram. Aujourd’hui elle est à la tête d’une équipe de cinq personnes. « À Clamart, il n’existait pas d’offres pour les jeunes, ce fut ma chance, j’ai mis un an et demi à la réaliser. » La jeune femme aime la coloration, elle se forme à l’étranger chez la Canadienne Diane Vivi, qui officie à Naples, dont elle adore le balayage sur les brunes qui donne un relief particulier, tout comme ceux de Philippe Foresto, « des balayages sur les blondes avec vingt papiers ». Elle suit également les Master Class de l’Australien Jaye Edwards, où l’on observe sans toucher le cheveu. Joanne Cartier a également développé son propre label, Marlow, une marque blanche personnalisable : « C’est important de proposer de bons produits qui permettent de réaliser de la marge. » Récemment nommée formatrice technique pour Redken, elle apprécie son nouveau rôle qui lui permet de travailler à l’international. Bientôt la scène ? L’idée ne lui fait pas peur. Elle pourrait se le permettre, son affaire, stable depuis un an, donne raison à la vocation de cette entrepreneuse !

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